Bâtir un cohabitat est une entreprise de longue haleine. Cela ne se fait pas en criant ciseau, il faut être patient et apprivoiser chaque étape. Les leaders de tels projets doivent entre autres prendre le temps de rassembler des candidats sérieux au statut de futurs voisins, trouver les leviers financiers, dénicher un endroit où ériger les constructions et établir les bases de fonctionnement de la communauté en devenir. Tout ça doit émerger d’une démarche respectueuse de chacun, où tous auront leur rôle et apport dans la communauté, et pour cela, il faut parfois accepter un temps de macération pour certaines étapes critiques…

2003 : À la découverte des habitats participatifs!

À l’origine de Cohabitat Québec : un visionnaire, Michel Desgagnés. Depuis sa tendre enfance au Bas-Saint-Laurent, Michel développe une sensibilité pour un milieu de vie enrichissant, rempli d’échanges et de convivialité. Il développe tranquillement un rêve : celui où l’entraide entre voisins est au cœur du quotidien. Ce rêve, il le nourrira en Westfalia avec sa conjointe Valérie Jamin, en parcourant pendant six mois les États-Unis et le Canada pour visiter une quarantaine d’écocommunautés. Il y a de quoi s’inspirer!

2004 : Démarrage du projet

Michel Desgagnés ne développe pas seul ses idées d’un cohabitat idéal. La famille de Louis F. et Julie L. se joint à lui pour mettre en branle les premières balises du projet. En en décembre 2004, le projet démarre avec 7 familles.

2005-2007 : Les premiers documents fondateurs

Au fil du temps, un noyau fort de valeureux visionnaires se forme. Les premiers documents fondateurs sont élaborés et certaines localisations sont explorées :

  1. Structure organisationnelle : rôles et responsabilités
  2. La politique d’adhésion et son guide d’application
  3. L’organisation d’un atelier de travail
  4. La politique d’identification des contributions
  5. La définition de la mission, de la vision et des valeurs du projet
  6. Le choix d’une forme juridique : OBNL
  7. La recherche du terrain
  8. Le formulaire ‘mes besoins de vie’
  9. La charte de Cohabitat Québec
  10. Le règlement de régie interne

La préparation de ces documents permet aux fondateurs de préciser leur vision du projet. Ils définissent ainsi la mission, la vision et les valeurs de Cohabitat Québec. Cela les amène aussi à explorer un mode de gouvernance basé sur la Sociocratie et la Communication Non Violente.

2008 : Des hauts et des bas : départ de plusieurs familles

Michel Desgagné suit la formation en sociocratie à l’École des chefs de Sociogest ainsi qu’en communication NonViolente et résolution de conflits avec le Groupe Conscientia. Les années passent, des familles se joignent au groupe. Des réunions se tiennent dans toutes sortes d’endroits : au Montmartre canadien, au Centre Culture et environnement Frédéric Back, puis au sous-sol de la Chapelle du Mont-Thabor, au Centre Lucien Borne, à l’Université Laval et au Cégep Garneau. Tous les contacts sont bons pour bénéficier d’un lieu de rencontre, où les échanges sont stimulants et parfois aussi décourageants… Plusieurs familles quittent le projet durant cette période, en partie dû à un apprentissage et une pratique inadéquate de la sociocratie. Recruter est une chose, maintenir la motivation en est une autre. Un tel projet appelle détermination et résilience. Avec Michel et Valérie restent Ruth, Paul-Henri, Éveline et Cyprien. Ils forment nos trois familles fondatrices.

2009 : Année de restructuration

Établir un cohabitat nécessite évidemment de trouver un terrain! Pour Cohabitat Québec, il aura fallu cinq années de recherches, l’aide d’un groupe de ressources techniques (Sosaco), des visites, des consultations, des évaluations et des réunions pour arrêter le choix sur le 1650, rue Louis-Jetté, en plein cœur du quartier Saint-Sacrement. Juché en haut de la falaise surplombant les basses terres, ce site merveilleux présentait tout de même certaines contraintes : un vieux bâtiment à recycler et présentant des défis techniques, un terrain envahi par la renouée japonaise et un sol mal décontaminé qui engendrera plus tard des recours en justice. Mais le site est à proximité des écoles, des réseaux de pistes cyclables, et au cœur de la ville…   ville ou banlieue fut d’ailleurs un dilemme longuement discuté, notamment à la lumière des diverses contraintes du territoire propres aux différentes localités (e.g. zone inondable, pylônes électriques, forte circulation aérienne).

Cohabitat Québec renaît avec des bases mieux établies et une mise à jour des documents fondateurs. Une nouvelle forme juridique du projet est fixée, une coopérative de solidarité à laquelle s’ajoutera un syndicat de copropriété après l’emménagement. Un appel aux anciens adhérents du projet est lancé. Dix anciennes familles reviennent se joindre aux trois familles fondatrices. C’est donc 13 familles qui embarquent dans la 2e version de cette aventure, le vent dans les voiles à nouveau!

2010 : début de Cohabitat Québec, CQ2, coopérative de solidarité

L’achat du terrain se concrétise! Le 10 juillet 2010 se tient le premier atelier dans le bâtiment existant avec les architectes, Mary Kraus (architecte américaine spécialiste en « cohousing ») et Pierre Thibault. Lys Construction s’est également joint au projet depuis 2009. Grâce à leur ouverture et leur volonté d’aborder un projet de construction en ‘travaillant ensemble’ avec les futurs cohabitants, ils développent une approche contrastant avec le style ‘clé en main’ habituel. Les aspirations sont grandes : énergie solaire passive, géothermie, panneaux solaires, bassins de rétention des eaux, analyse des vents dominants, etc. On vise un cohabitat le plus écologique possible… Des ateliers ont lieu une fois par mois où les architectes, Lys Construction et le comité design des futurs cohabitants échangent sur leur vision et l’avancement des travaux de conception.

2011-2012 : Signature des premières promesses d’achat mais départ de plusieurs familles

En décembre 2011, plusieurs cohortes de gens sont membres de Cohabitat Québec et ont signé des promesses d’achat. Après maintes charrettes d’architecture avec l’Atelier P. Thibault, un nouveau clash dans l’aventure : Les coûts de construction estimés dépassent de 30 % le budget prévu pour la construction. Les esquisses sont magnifiques, incluant de très grandes superficies en espaces communs, des murs entiers fenestrés, un ascenseur et deux passerelles. On doit revenir aux besoins de base et écarter cette conception faisant rêver tous les membres. L’architecte quitte le projet au début de 2012.

Repartir à nouveau… 13 des 31 familles quittent à leur tour le projet. Il faudra 18 mois pour trouver les familles remplaçantes.

2011-2012 : Ébauche du programme de vie

Durant les mois de conception, les familles du futur cohabitat se réunissent au sous-sol de la chapelle du Mont Thabor pour travailler sur l’ébauche du ‘Programme de vie’. Il en émergera le cadre du ‘Vivre ensemble’. Partager des lieux communs implique de bien établir les bases des échanges entre voisins, pour créer la cohésion et l’esprit communautaire, éviter les frustrations, et grandir dans l’échange. Au travers de tous ces ateliers, plusieurs membres ressentent le besoin de valider leurs aspirations. On visite des cohousing en Nouvelle-Angleterre, question de s’inspirer davantage et surtout, c’est un vent d’encouragement. Voir d’autres communautés établies aide à visualiser l’aboutissement du projet et particulièrement, cela sert à solidifier les choix faits et orienter quelques nouvelles priorités. Même le maître de chantier de Lys Construction visite quelques projets!  

Mars 2012 : Tergos Architecture et Construction écologique prend la relève

Tergos Architecture + Construction écologique prend la relève de la conception en mars 2012. Les membres de Cohabitat Québec supportent de plus en plus difficilement les délais du projet. Tergos a 6 semaines pour retravailler les plans et faire les coupures qui s’imposent; un an pour réaliser le chantier. C’est court! Au total 42 unités sont prévues. Mais un défi s’impose alors : trouver les 400 000 $ manquants pour démarrer le financement du chantier de construction et rencontrer les exigences de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, soit d’avoir 2M $! Le 1er avril 2012 se tient au Centre Lucien Borne une opération ‘Prêts et cautionnement’ où les membres se solidarisent et endossent collectivement les reconnaissances de dettes de tous les membres. Cet acte hautement significatif est une confirmation tangible de l’engagement des membres et leur confiance.

2012-2013 : Élaboration de la déclaration de copropriété et planification des espaces communs

Durant la période où on planche sur la conception des bâtiments, une équipe de futurs cohabitants pilotent un dossier chaud : la déclaration de copropriété! À partir d’un modèle, il faut façonner un nouveau standard pour un syndicat de copropriété de type cohabitat. Du jamais vu au Québec! Cette démarche nécessite des heures de réunions, des annotations, des avis de notaires et d’un spécialiste reconnu du monde des condos, Me Serge Allard. Que de labeurs. En juin nous célébrons sous la pluie, sous un abri de fortune monté pour l’occasion, notre première « Fête des voisins ». Entassés, mouillés avec glacières et grignotines, mais surtout: la coupe de l’amitié et des étincelles plein les yeux.

Un autre comité s’active pendant cette même période : le CAMEC!! Le Comité d’Aménagement des Espaces Communs se met en branle pour planifier les espaces communs et les meubler, en respectant les valeurs et les budgets établis. Un babillard électronique est même créé pour recevoir les offres et idées des membres de CQ pour habiller les lieux communs. Des articles sont amassés chez un couple de cohabitants. Le trousseau de CQ est né! Des démarches auprès de Communauto sont faites : une voiture sera disponible dans le stationnement de CQ! Des firmes d’aménagement du paysage sont consultées. A la suite de l’aménagement du terrain conçu par Terralpha, Croque Paysage sera le chef d’orchestre de la végétalisation du site : espèces comestibles au menu! Pendant tout ce temps, différentes stratégies des futurs cohabitants se dessinent : certains vendent leur maison et s’établissent en logement à proximité, d’autres misent sur la synchronisation de la vente de leur maison lorsque les lieux seront prêts pour les accueillir au 1650, rue Louis-Jetté.

15 juin 2013 : Fin du chantier et emménagement!

Le 15 juin 2013 marque la fin du chantier! C’est 35 familles qui emménagent!

L’aboutissement d’un long parcours, rempli d’efforts, de rebondissements, de sueurs froides, de découragements et de nouveaux envols! On inaugure officiellement le premier cohabitat au Québec, le 24 août 2013! Fierté et joie sont palpables! C’est en décembre que sera complété l’achat de toutes les unités, 42 au total! Une absence importante : Michel Desgagnés, décédé subitement d’une méningite 5 mois avant la fin de la construction. Cette aventure n’aurait su voir le jour sans ce visionnaire, à qui les membres vouent une grande reconnaissance. Cohabitat Québec demeure un village en mouvement, une communauté en perpétuel renouvellement. Cohabitat Québec vit au fil des naissances, des départs et arrivées, des projets qui stimulent la communauté.

L’histoire de Cohabitat Québec continue de s’écrire au rythme de la vie de ses habitants…

Qui sont les valeureux fondateurs?

Les 6 fondateurs de Cohabitat Québec.

Cohabitat Québec a su voir le jour grâce à la détermination de six visionnaires: Michel Desgagné, Paul-Henri April, Ruth Boivin, Éveline Gueppe, Cyprien Bertagnolio et Valérie Jamin. Ces fondateurs ont imaginé le projet et établi dès 2003 les premiers jalons d’une longue route menant à la construction des bâtiments et l’emménagement des membres en 2013. Cette route fut parsemée de défis et d’embûches mais également de grandes réalisations et victoires. Aujourd’hui, quatre membres fondateurs vivent toujours à Cohabitat et la communauté est très reconnaissante de tous leurs efforts.